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VOEUX DU MAIRE SALLE A. GIRARD

7 JANVIER 2018 à 11H

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Les fours à pain

Le clos-masure, élément identitaire du Pays de Caux, constitue la trame paysagère principale de notre village. Que ce soit au centre ou dans les hameaux, on trouve de nombreuses petites fermes qui abritent encore ses différentes parties constituantes : logis, grange, écurie, étable, bergerie, porcherie, pressoir à cidre, charretterie, poulailler, cellier et four à pain.

Four à gauche, bûcher en parpaings à droite (le Val)

Il est surprenant de constater que parmi tous ces bâtiments, ce sont les fours qui sont les plus nombreux, au point qu’on s’aperçoit qu’il y avait un four par ferme alors qu’il n’y avait pas de charretterie partout…et encore moins de puits et de colombier – ces derniers étant la marque des seigneurs !

Les fours à pain sont facilement identifiables grâce à leurs dimensions modestes (4m x 9m) et à leur architecture typique. En effet, ces constructions comprennent deux parties distinctes (le four et le bûcher), le tout recouvert d’un toit à deux pentes avec croupe et parfois queue de geai. Côté four, les murs sont soit à pans de bois et torchis, soit maçonnés en brique et silex. En revanche, côté bûcher, il n’y a le plus souvent qu’une ossature bois avec baie libre ou qu’un bardage en planche pour permettre le séchage du bois de chauffage. À l’origine, les toits étaient en chaume (ce qui explique leur forte pente) et le sol en terre battue. Bien entendu, l’essentiel – le four avec sa cheminée – sont réalisés en matériaux minéraux indigènes (grès, calcaire, galet, silex taillé, brique pour le gros œuvre et brique de Saint-Jean pour le four).

Voûte à double arcature (Septimanville)

Grès, galet et brique de Saint-Jean (le Val)

Niche à sel (le Val)Souvent le cul-de-four qui débordait dans le bûcher a été démoli et la voûte de la gueule du four a été murée à l’aide de briques plus récentes… mais la niche à sel et les graffitis ont généralement survécus, comme témoins des cuissons d’antan… Il faut dire que le four permettait de cuire pains, galettes, tourtes et brioches. Il était chauffé tout d’abord avec du petit bois. Lorsque les briques avaient atteint une couleur suffisamment pâle, les cendres étaient rapidement nettoyées et conservées pour la lessive. Puis on passait à l’intérieur du four un chiffon mouillé au bout d’un bâton, localement appelé penoufe, avant d’enfourner les miches de pain. Une bonne heure après, la fournée était terminée et on pouvait mettre dans le four, désormais moins chaud, pâtisseries et tartes aux fruits.

Toit à deux pentes avec croupe et queue de geai (le Val)Au fil du temps, le four est tombé en désuétude et le boulanger s’est installé au village… Qu’allait-on faire de ce bâtiment trop petit pour stocker la récolte ? Dans certains cas, c’est devenu une bergerie, une porcherie ou un poulailler, ailleurs on l’a transformé en logement pour ouvrier saisonnier (campagne des betteraves) en ajoutant deux jambages à la cheminée afin d’accueillir un fourneau. Des travaux de fortune ont parfois été réalisés mais il est curieux de constater qu’on n’a pas traité les deux parties d’origine de la même façon. Dans certains cas, le bûcher est maintenant protégé par des tôles ondulées en acier (rouillées !) alors que le four a été enduit en ciment ! Peu à peu, avec les changements de propriétaires, la fonction première du four est tombée dans l’oubli, jusqu’à ce qu’on la redécouvre, comme cela s’est produit lors de l’inventaire des bâtiments agricoles réalisé par la commune de Saint-Martin-aux-Buneaux  en août 2007.

Four transformé en bergerie (le Val)Four transformé en bergerie et poulailler (le Val)

Four transformé en cheminée avec deux jambages (le Val)

Puisse cette initiative contribuer à sauvegarder ce patrimoine de proximité pour ce qu’il représente d’originalité architecturale et pour la valeur symbolique du pain qui s’y rattache. C’est notre devoir de mémoire envers les générations futures.

 

Patrick LEBOURGEOIS