Les croix

La Grand’Rue. Le 12 août 1951, bénédiction de la «Croix rouge» (restaurée par M. et Mme Georges Viard et M et Mme Maurice Buquet)

 

 

Qu’elles soient simples ou remarquablement sculptées, on en dénombre parfois plusieurs par commune. Schématiquement, elles sont de quatre sortes :

 

 

 

Les croix de cimetière

Elles sont situées au pied des églises, au milieu des tombes. Ce sont des calvaires (nom latin traduisant Golgotha et signifiant « crâne » en raison de la forme de la colline où Jésus fut crucifié). Ces croix commémorent donc la Passion du Christ et en portent souvent les instruments : les tenailles, le marteau, l’éponge du vinaigre, les dés à jouer, la couronne d’épines, etc.

L’if centenaire et le calvaire sont parfois les seules marques du cimetière disparu et figurent désormais au centre d’une pelouse.

Croix de cimetière

Eglise paroissiale. Croix de cimetière

Les croix de cheminTournetot. Croix de chemin

On les trouve en bordure de route ou au beau milieu de la plaine là où passaient les anciennes voies avant le remembrement des terres. D’une manière générale, elles jalonnent les itinéraires de pèlerinage et en conservent les attributs sculptés (procession de pèlerins, coquilles Saint-Jacques pour rappeler Compostelle,...).

En mai, lors des Rogations, la procession qui allait à travers champs faisait une station auprès des reposoirs mais s’arrêtait aussi auprès de ces croix.

Tournetot. Croix de chemin

Les croix commémoratives

Au carrefour, près du village ou sur un promontoire, elles ont été érigées pour de multiples raisons : la piété, le souvenir du passage d’un saint (hypothèse avancée pour la croix de Beauvais à Greuville avec la venue de saint Firmin, évêque d’Amiens), l’affirmation du catholicisme face à la montée du protestantisme, un accident, la reconnaissance des habitants après la guerre, un ex-voto, le transfert d’un lieu de culte (de Grosmesnil à Saint-Romain-de-Colbosc) ou tout autre souvenir à commémorer.

 

 

Le Marché. Croix cerclée de fer forgé

Les croix de mission

Au 19ème siècle, les ordres religieux venaient réveiller la piété des fidèles en prêchant pendant quelques jours. À la fin de la mission, on plantait la croix que les fidèles avaient financée après avoir fait une procession. Aujourd’hui, il reste encore plusieurs exemplaires de ces croix le long des routes à  la campagne (Néville, Drosay, ...).

 

 

Les matériaux

Grès et pierre calcaire, bois, granit, fonte, fer forgé et même béton armé (surtout après la Seconde Guerre mondiale) sont employés pour fabriquer ces croix.

 

La Grand’Rue. À l’origine en grès, puis en bois de couleur rouge (d’où le nom de «Croix rouge») et enfin en béton armé depuis 1951
Les parties constituantes

De bas en haut, on distingue : le socle (servant de soubassement), le fût (scellé dans le socle à l’aide de plomb sur les croix en grès), la croix (parfois à deux faces différentes) et le sommet (en pointe de diamant ou sculpté par exemple en forme de pélican, symbole du Christ sauvant l’humanité, comme à Greuville).

 

 

Croix et croyances cauchoises

Les croyances cauchoises sont nombreuses et variées. Parmi celles-ci, on peut noter celle qui consiste à faire faire le tour du calvaire aux nourrissons et à déposer en offrande une de leurs petites chaussures pour qu’ils marchent dans l’année. C’est par peur atavique du vol que le plus souvent on n’offre pas la paire ! On retrouve ce même rituel au pied de la Vierge Noire à Graville mais aussi à Gommerville et à Saint-Gilles-de-la-Neuville par exemple.

 

Plaidoyer pour les croixLe Val. Croix de bois sur socle en grès

Ces monuments, répertoriés pour les plus anciens par l’abbé Cochet (Seine-Inférieure historique et archéologique), ont souvent subi les outrages du temps et des hommes. Certains n’ont conservé du passé que le socle en grès, maintenant surmonté d’un fût en béton armé (croix de la Grand’Rue, Saint-Martin-aux-Buneaux) ou en béton imitant le bois (calvaire de Briquedale, Sassetot-le-Mauconduit). D’autres ont vu leur croix de pierre,  mutilée à la Révolution, remplacée par du fer forgé (calvaire du prieuré de Veulettes-sur-Mer). Enfin, on remarque de multiples cerclages et coins forgés, témoins de réparations ou consolidations diverses.

Véritables chefs-d’œuvre de notre patrimoine, les croix nous rappellent l’âge où l’homme allait à pied sur les chemins de pèlerinage, du plus près au plus loin, de Fécamp à Saint-Jacques-de-Compostelle. Aujourd’hui, la marche à pied revenant à la mode, ces croix méritent une halte lors de nos randonnées.

 

Patrick LEBOURGEOIS

Extraits de Lebourgeois (P.), Pays de Caux, Vie et Patrimoine, Editions des Falaises, 2003.